Matinée pédagogique à l’Université : « Histoire et mémoire du Mur de Berlin en France »

Près de 500 élèves de la 3ème à la Terminale ont assisté ce vendredi 21 novembre, dans l’amphithéâtre bioclimatique du Moufia, à la conférence de deux prestigieux intervenants invités par le Département d’allemand de l’Université.

Ils ont d’abord pu écouter l’intervention très riche du professeur Ulrich Pfeil (Université de Lorraine, CEGIL-Metz) qui a donné un aperçu historique abondamment illustré de la division de l’Allemagne et du Mur de Berlin en évoquant notamment les grandes crises de Berlin au cours de la Guerre froide, en partant du blocus de Berlin et du pont aérien des alliés occidentaux (1948/49), en passant par le soulèvement populaire des Allemands de l’Est contre le “régime de Pankow” (17/06/1953) jusqu’à la construction du « Mur de la honte » (13/08/1961) pour déboucher finalement sur l’ouverture du Mur (09/11/1989) et la réunification des deux Allemagnes (03/10/1990) scellant la fin du Rideau de Fer qui coupait le vieux continent en deux blocs hostiles.

Les murs d'aujourd'hui et de demain

Le public a ensuite eu l’occasion unique de découvrir un aspect beaucoup moins évoqué dans les manuels d’histoire, mais ô combien révélateur des traces profondes que le Mur, appelé par les dirigeants est-allemands « rempart antifasciste », a laissées dans le subconscient collectif bien au-delà des frontières allemandes. L’historienne Corine Defrance, directrice de recherche au CNRS (Sirice, Université de Paris 1), a ainsi dévoilé à une assistance visiblement captivée « Le Mur de Berlin dans la culture populaire française » en passant en revue la réception et l’interprétation de cette véritable ligne de démarcation de la Guerre froide coupant Berlin en deux, et faisant de Berlin-Ouest une  « île dans la mer Rouge » (= la RDA communiste), dans diverses disciplines artistiques : la chanson (Gilbert Bécaud, Renaud, Daniel Balavoine, Yves Duteil), la peinture et les graffitis (Thierry Noir, Christophe Bouchet), pour s’étonner finalement que le cinéma français se soit assez peu emparé du sujet de la division, du Mur et de l’unité retrouvée du voisin d’outre-Rhin, à part la fresque historique et dramatique de Jean-Luc Godard « Allemagne année 90 neuf zéro » sortie en 1991.

Un public lycéen engagé et perspicace

Le jeune public a manifesté son vif intérêt pour cette période de l’histoire qu’il n’a évidemment pas connue en posant aux deux intervenants de nombreuses questions d’une grande pertinence et faisant preuve d’une maturité intellectuelle parfois étonnante. Ainsi, un élève voulait savoir où et de quelle manière Ulrich Pfeil avait appris la chute du Mur. Ce dernier a répondu qu’il était à l’époque assistant d’allemand dans un lycée français près de Vesoul. Ainsi, les élèves ont appris que son regard d’observateur lucide et curieux du déroulement des grands chamboulements historiques de son époque avait été assez tôt aiguisé dans une perspective franco-allemande comparative de regards croisés. Un autre élève s’intéressait aux traces laissées par le Mur de Berlin hors d’Europe. La réponse sonnait plutôt comme une lueur d’espoir à un moment où l’Europe semble sous la menace de sombrer dans une espèce de nouvelle Guerre froide : Partout dans le monde où un morceau du Mur de Berlin est inséré dans une plaque commémorative, un vent de liberté peut se lever pour souffler tous les murs qui persistent encore dans les têtes et faire réfléchir les leaders et décideurs politiques avant d’en ériger de nouveaux. Un jeune observateur décidément très clairvoyant sur la situation géopolitique actuelle faisait enfin remarquer que, selon un récent sondage, une partie croissante de la population allemande considère de moins en moins l’unité nationale retrouvée il y a tout juste 35 ans comme un événement majeur de l’histoire récente allemande. Ulrich Pfeil a énuméré plusieurs causes possibles de cette évolution inquiétante : les inégalités socio-économiques certes en diminution mais bel et bien persistantes entre l’ouest et l’est de l’Allemagne, la recrudescence de la xénophobie, du nationalisme et de l’extrémisme politique dans ce contexte. Mais Corine Defrance et Ulrich Pfeil ont mis en garde contre tout fatalisme concernant la situation en Allemagne, en Europe et dans le monde en prenant pour témoin le célèbre graffiti de deux artistes ayant grandi en Allemagne de l’Est avant la chute du Mur, Ines Bayer et Raik Höneman, une œuvre qui orne depuis 1990 l’East Side Gallery, cet émouvant musée à ciel ouvert de la chute du Mur, au titre prophétique : « Es gilt viele Mauern abzubauen », ce qui signifie « Il y a encore beaucoup de murs à abattre. » Tout un programme pour les générations à venir…

Une semaine de commémoration franco-allemande à La Réunion

Cette manifestation était le point d’orgue de toute une semaine intitulée « Mémoire(s) franco-allemande(s) en dialogue : Perspectives réunionnaises » organisée à l’occasion des 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale et du 35ème anniversaire de l’unité allemande par le Département d’Allemand de l’Université, un Département décidément très actif, qui ouvrira en septembre 2026 la nouvelle Licence LLCER allemand-anglais - peut-être l’occasion pour notre jeune public de reprendre bientôt le chemin de l’Université.

 

Les intervenants Corine Defrance et Ulrich Pfeil lors de la matinée destinée aux élèves du secondaire dans l’amphi bioclimatique bien rempli sur le campus du Moufia

 

Mise à jour : décembre 2025