TraAM Lettres : I.A. en BTS, la REDACTION DE NOUVELLES

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REDACTION DE NOUVELLES SUR LE THEME DE LA METAMORPHOSE ANIMALE, par M. RUBLON

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RÉDACTION DE NOUVELLES SUR LE THÈME DE LA MÉTAMORPHOSE ANIMALE EN BTS de M.RUBLON

Objectif : Imaginer un récit de métamorphose en étant assisté par une IA générative pour favoriser une meilleure compréhension des textes étudiés en classe

Compétences du CRCN

D1 Informations et données

D2 Communication et collaboration : interagir, publier et partager

D3 Création de contenus : développer des documents à contenu majoritairement textuel

D4 Protection et sécurité

D5 Environnement numérique

Niveau : BTS 2ème année

 

Contexte de l’activité 

Les étudiants de BTS 2ème ont un thème au programme différent chaque année en vue de l’examen. Pour l’année 2025-2026, il a pour intitulé « Les animaux et nous : imaginer, connaître, comprendre l’animal ». Dans la séquence sur l’imaginaire lié à l’animal, on retrouve le thème de la métamorphose animale, fréquent dans la littérature depuis l’antiquité jusqu’à aujourd’hui.

Les étudiants ont commencé par étudier des exemples de métamorphoses animales avec une version modernisée du texte d’Ovide présentant la métamorphose d’Arachné, punie par Athéna. Ils ont aussi analysé un extrait de La Métamorphose de Kafka. Dans les deux cas, ces métamorphoses animales sont présentées comme des punitions, mais ont été évoqués avec eux des cas où ces métamorphoses deviennent une opportunité (pour plus de liberté, des capacités accrues…).

Le scénario expérimenté dans le cadre des traAM vise à favoriser une meilleure compréhension du corpus autour du motif de la métamorphose, en développant chez les étudiants des compétences d’auteur-scripteur. L’objectif est d’explorer le rapport entre l’homme et l’animal ainsi que l’expression de la porosité des frontières entre humanité et animalité. Pour cela, les ils doivent imaginer une nouvelle fantastique sur le thème de la métamorphose et affiner leur interprétation des extraits étudiés en amont.                                   

La classe comporte 17 étudiants de BTS CG. Ils ont un niveau en rédaction hétérogène. Quelques-uns s’expriment bien à l’écrit (niveaux syntaxique, lexical et orthographique corrects en particulier). D’autres ont plus de difficultés, en particulier en syntaxe et orthographe.

L’activité est programmée sur deux heures, en deux séances d’une heure. La première se déroule dans une salle informatique, la seconde dans une salle classique.

Méthodologie

Première heure : salle informatique

Temps 1 : 10 minutes

Dans le prolongement des lectures sur des cas de métamorphose (document 1), on propose aux étudiants de générer un prompt pour imaginer leur propre récit de métamorphose animale afin d’évaluer leur réception des passages étudiés en amont. 

Les consignes sont :

- Rédiger une courte nouvelle ou un conte, d’une longueur d’une page environ.

- Le récit doit présenter une métamorphose animale.

Ce critère de longueur est important pour plusieurs raisons qui seront développées ensuite.

L’exercice d’écriture d’appropriation constitue une tâche complexe. Il suppose d’être capable de planifier un projet d’écriture intégrant la recherche d’idées et leur mise en relation ; de changer ce projet en un texte qui reprend les caractéristiques du genre de la nouvelle ou du conte. Il implique également d’être en mesure de mobiliser l’univers référentiel identifié lors de l’analyse des passages étudiés pour produire un récit cohérent, mais aussi de réviser et de contrôler sa production. L’ensemble de ces opérations cognitives s’inscrit dans une dynamique exigeante, particulièrement coûteuse pour les étudiants qui peinent encore à automatiser ces procédures et à accéder à une compréhension fine. Le recours à l’IA peut constituer un levier de motivation dans la mesure où il applique certaines procédures et allège de ce fait la charge cognitive des étudiants.

 

L’enseignant propose un étayage pour accompagner la rédaction d’instructions. Il est précisé dès le début qu’ils peuvent, demander de mettre en scène tel animal, une certaine fin, d’adopter un registre comique ou dramatique…

Un modèle de prompt est proposé aux étudiants (VOIR DOCUMENT 2), cependant certains aspects comme le rôle endossé sont moins importants que dans d’autres activités : le fait de se présenter comme étudiants en BTS n’entraîne pas de grandes différences dans le résultat proposé.  

Document 1

1. Fournir un contexte

2. Le type de rendu

3. Soigner la rédaction du prompt

4. Affiner la demande

Le fait d’indiquer qui on est, ou à la place de qui on veut se mettre, permet d’obtenir des résultats plus précis. De même, donner des précisions sur l’organisation pour laquelle on travaille est un plus.

- Profession :

Exemple : « je suis enseignant », « prends le rôle d’un avocat »…

- L’organisation pour laquelle on travaille :

Exemple : « je travaille dans une PME », « j’enseigne à une classe de troisième »,

On peut aussi demander d’utiliser des sources en particulier (un document chargé, une URL…). Ce ne sera pas toujours respecté.

 

 

 

 

 

 

 

 

On n’est pas obligé de le préciser, mais selon ce que l’on souhaite obtenir comme résultat final, on peut demander de produire un tableau, une liste, un diaporama…

- Sous forme de diaporama :

Exemple : « crée un diaporama composé de huit diapos… »

- Un récit :

Exemple : « raconte, en une nouvelle de moins d’une page… »

- Un tableau :

Exemple : « synthétise sous forme de tableau les réponses de ce sondage »

- Bien préciser les contraintes. Exemple : « avec 15 diapos », « en 150 mots », « compréhensible par un élève de troisième »…

 

 

 

 

 

Les formules de politesse sont à éviter. Se concentrer sur une description simple de la tâche à effectuer : « résume l’histoire du talon d’Achille dans la mythologie ».

On utilise des phrases claires et précises, soit des ordres, soit des questions.

- Utilisez plutôt des questions ouvertes que fermées.

- Évitez les termes ambigus (« lien » par exemple).

Donner un exemple si nécessaire : « rédige un portrait de personnage… à la manière de Balzac »

Il faut être capable de structurer la demande pour les requêtes complexes : « d’abord… ensuite… enfin… », « Commence par… avant de… ».

Il est préférable de composer un prompt précis mais pas trop long non plus. Il sera toujours temps de préciser les demandes ensuite.

Évitez les fautes d’orthographe qui sont sources de confusion (repère VS repaire).

 

 

 

 

En général, la première proposition de l’IA n’est pas totalement satisfaisante. Il faut être capable de la lire assez vite pour percevoir ce qui peut être amélioré et agir en conséquence.

On peut…

… Demander de développer un point

… Demander d’expliquer un point

… Demander de résumer un point

… Demander de reformuler en simplifiant (ou en utilisant un vocabulaire plus technique)

Etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les étudiants obtiennent une première version de leur histoire (VOIR DOCUMENT 3). On remarque que les productions répondent bien aux consignes, mais qu’il y a des ressemblances assez nettes d’une production IA à l’autre. La confrontation des productions générées par IA fait apparaître de nombreux poncifs : la structure de l’histoire, le type de morale et de fin, les étapes de la métamorphose sont similaires. Les étudiants sont amenés à faire des liens entre les caractéristiques des récits de métamorphose et celles des productions générées par IA. Ce travail leur permet de prendre conscience des limites de l’outil. Ils comprennent qu’il est dénué d’originalité et donc de créativité.

Document 3

PREMIERE VERSION DE LA NOUVELLE : CLAUDE, ANTHROPIC

Rédige une courte nouvelle, d’environ une page, présentant le récit d’une métamorphose animale. Le personnage se transforme en kangourou. Parle des conséquences.

La Poche

Ce matin-là, Élise s'éveilla avec quelque chose d'anormal dans les jambes. Pas une douleur — plutôt une puissance latente, un ressort comprimé logé dans chaque cuisse. Elle voulut poser les pieds par terre et se retrouva debout d'un bond, projetée à l'autre bout de la chambre, le dos contre le mur. Elle regarda ses mains. Ses doigts s'étaient raccourcis, ses avant-bras rétrécis. Elle baissa les yeux sur ses jambes : monumentales, musculeuses, absurdes. Sur son ventre, la peau s'était plissée en un repli profond et chaud, une poche naturelle où ses deux mains disparurent jusqu'aux poignets.

Elle était devenue un kangourou.

Passée la sidération des premières heures, vinrent les problèmes pratiques. Elle ne pouvait plus conduire. Elle ne pouvait plus s'asseoir sur une chaise — sa queue, épaisse et rigide, rendait la chose structurellement impossible. Elle renversa trois fois son café en tentant de le saisir avec des bras inutilement courts. Le téléphone glissait. Les portes s'ouvraient mal. Le monde entier, elle le comprit, avait été conçu pour des créatures sans poche ventrale.

Mais il y avait autre chose, plus difficile à formuler. Une conscience nouvelle du sol, de sa texture, de sa résistance. Lorsqu'elle sautait — et elle sautait désormais pour se déplacer, la marche lui semblant une convention désuète — elle percevait la terre non comme un obstacle mais comme un partenaire, quelque chose qui donnait en retour. Dans la rue, les gens s'écartaient. Certains filmaient. Elle alla au parc.

Là, sous un ciel de novembre, elle sauta sans raison ni destination, et dans la puissance de chaque impulsion, dans l'instant suspendu où rien ne pesait plus rien, elle trouva quelque chose qu'elle n'avait pas de mot pour nommer — pas de la liberté, plutôt son contraire apaisé : une appartenance absolue à son propre corps.

Le soir, elle glissa sa main dans sa poche et y trouva, endormi, quelque chose de petit et de chaud.

Elle n'avait pas prévu ça.

PREMIERE VERSION DE LA NOUVELLE MISTRAL AI

Rédige une courte nouvelle, d’environ une page, présentant le récit d’une métamorphose animale. Le personnage se transforme en kangourou. Parle des conséquences.

La Sautillante

L’aube se levait à peine sur la petite ville de Saint-Leu, à La Réunion, quand Pierre sentit la première douleur. Un élancement aigu, comme une déchirure interne, lui traversa le bas du dos. Il se plia en deux, les mains agrippées au bord de son lit, le souffle court. Un cauchemar, se dit-il. Pourtant, quand il tenta de se redresser, ses jambes refusèrent de lui obéir. Elles tremblaient, non pas de faiblesse, mais d’une énergie étrange, presque électrique.

Pierre baissa les yeux. Ses pieds… n’en étaient plus. À la place, deux pattes puissantes, terminées par des griffes noires, s’agitaient avec une vie propre. Une fourrure rousse, épaisse, recouvrait désormais ses mollets. Il hurla, mais le son qui sortit de sa gorge fut un grognement rauque, presque un aboiement.

Il recula, ou du moins essaya. Son corps, déséquilibré, bascula en avant, puis se propulsa d’un bond maladroit. Il atterrit sur ses… pattes avant ? Ses mains s’étaient transformées, elles aussi, en membres musclés, dotés de griffes acérées. Une queue épaisse, terminée par une touffe de poils, frémit derrière lui, comme pour le stabiliser.

C’est impossible, pensa-t-il, mais la preuve était là, sous ses yeux écarquillés. Il se traîna jusqu’à la glace de la salle de bain, évitant de justesse de briser le miroir avec sa queue nerveuse. Le reflet qui lui fit face était celui d’un kangourou. Un kangourou aux yeux humains, emplis de terreur.

La panique le submergea. Il tenta de crier à nouveau, mais seul un couinement plaintif en sortit. Alors, il fit ce que tout animal effrayé aurait fait : il fuit.

La fenêtre de la cuisine était entrouverte. D’un coup de reins, il se propulsa à travers, atterrissant dans le jardin avec une grâce qu’il ne se connaissait pas. L’herbe fraîche sous ses pattes, l’odeur de la terre humide, le vent qui lui caressait la fourrure… tout était plus intense, plus vivant. Il bondit, une fois, deux fois, et soudain, il comprit. Ce corps n’était pas une malédiction. C’était une liberté.

Les rues désertes de Saint-Leu défilèrent sous lui. Il évitait les lampadaires, les clôtures, sautant par-dessus les obstacles avec une aisance déconcertante. Les sons de la nuit lui parlaient : le bruissement des feuilles, le craquement d’une branche, le lointain grondement de l’océan. Il se sentit attiré vers la forêt, vers les hauteurs de Mafate, où la nature régnait encore en maître.

Au sommet d’une colline, il s’arrêta, haletant. Le soleil se levait, teintant le ciel de rose et d’orange. Pierre—non, le kangourou—regarda ses pattes, sa queue, son ombre allongée sur le sol. Il n’était plus humain. Peut-être ne le serait-il plus jamais.

Mais alors qu’il observait l’horizon, une pensée étrange lui traversa l’esprit : et si cette métamorphose n’était pas une fin, mais un commencement ? Et si, sous cette apparence sauvage, il découvrait enfin qui il était vraiment ?

Temps 2 : 15 minutes

Les étudiants doivent lire pour eux-mêmes le premier jet obtenu. L’enseignant leur demande de se placer dans une posture de lecteur critique : que veulent-ils garder et qu’est-ce qui ne leur convient pas dans la production de l’IA ? Quelles différences y a-t-il avec le texte qu’ils s’étaient imaginés ?

Ils doivent établir une liste des éléments qui leur plaisent dans le texte et une autre avec tout ce qu’ils veulent modifier.

À ce stade, on constate que certains étudiants, en particulier ceux qui sont les plus en difficulté en lecture et en expression écrite, développent une forme de complexe face à la production de l’IA : pour eux le travail proposé est quasi-parfait puisqu’il répond à la consigne et propose une langue sans défaut.

L’adoption d’une posture de lecteur critique suppose d’être en mesure de saisir les enjeux de la métamorphose animale, afin de vérifier que le texte généré soit en adéquation avec le genre et le système énonciatif attendus. Or, les étudiants en difficulté, comme on peut l’observer, ont tendance à focaliser leur attention sur l’orthographe et la syntaxe. Les productions générées par l’IA, n’en comportent aucune sur le plan de la langue, ce qui les place dans une situation insécurisante et peut susciter un sentiment d’incompétence face à la tâche demandée. En effet, ils se sentent incapables d’identifier ce qui peut être amélioré.

Cette étape montre la complexité du processus de révision. Pour passer au palier suivant et être en mesure d’enrichir le texte généré, il aurait fallu s’approprier les usages du brouillon et pouvoir se donner de nouveaux objectifs d’écriture. Son utilisation lors du lancement de l’activité aurait permis de ménager un temps de recherche et de collecte de matériaux, rendant visible le cheminement de la pensée des étudiants lors de la phase de planification. Dans le cadre de l’expérimentation, les instructions formulées, constituent des écrits intermédiaires qui servent de « cahier des charges » et de brouillon au projet d’écriture. Le report de ces traces dans un carnet aurait facilité une première évaluation de la compréhension de la consigne dès la rédaction du prompt initial ainsi que de la capacité des étudiants à interagir de manière critique avec l’IA pour transférer leurs connaissances dans le contexte de cette nouvelle activité au regard des attendus de l’exercice. Il aurait été alors plus aisée de formuler de nouveaux objectifs d’écriture pour accompagner en priorité les étudiants éprouvant des difficultés à proposer des améliorations.

Le travail d’appropriation doit donc permettre à ces étudiants 1) de comprendre que la réécriture d’un texte ne se résume pas à corriger des défauts flagrants 2) de maîtriser des éléments de réécriture du texte qui faciliteront ensuite le travail interprétatif. Des pistes leur sont données pour faciliter le travail d’appropriation (VOIR DOCUMENT 4).

Temps 3 : 30 minutes

L’enseignant donne alors aux étudiants des indications pour qu’ils reprennent le texte, l’améliorent et surtout se l’approprient afin d’en faire « leur texte ». Les étudiants procèdent par itération pour réviser la production en suivant les recommandations de l’enseignant. Ils peuvent :

- Ajouter,

- Supprimer,

- Modifier la structure du texte,

- Modifier la focalisation et le ton du texte (VOIR DOCUMENT 4).

Document 4

Une fois le premier résultat obtenu, lisez le texte proposé attentivement, puis réfléchissez à ce qui vous convient ou pas. Voici des exemples de modifications que vous pouvez apporter à votre texte :

AJOUTER

SUPPRIMER

MODIFIER LA STRUCTURE

MODIFIER LA FOCALISATION ET LE TON DU TEXTE

- Ajouter ou compléter une description.

- Ajouter ou compléter un passage de dialogue.

- Ajouter un personnage, en précisant son rôle dans l’histoire.

- Ajouter des explications.

- Ajouter une péripétie si l’histoire paraît trop simple.

 

- Supprimer ou raccourcir une description inutile.

- Supprimer ou raccourcir un dialogue.

- Supprimer un personnage.

- Supprimer des explications qui alourdissent le récit ou empêchent le lecteur de faire jouer son imagination.

 

 

 

 

 - Changer le début de la nouvelle (par exemple pour commencer directement dans l’action).

 

- Changer la fin (pour la rendre plus sombre, plus gaie, pour laisser le lecteur réfléchir…).

 

- Modifier une péripétie proposée pour rendre l’histoire plus surprenante.

 

 

- Changer la focalisation du texte (pour passer d’un récit 1ère personne à un récit 3ème personne, ou inversement).

 

- Modifier le ton du récit, pour le faire passer à comique, dramatique, tragique, polémique…

 

- Modifier la morale délivrée par le texte s’il y en a une de sous-entendue.

 

 

Pour chacune de ces modifications, demandez-vous si le changement est positif, négatif, ce qu’il apporte au texte. À la fin de ces transformations, le texte doit correspondre le plus possible à ce que vous souhaitiez au début.

Les modifications sont classées selon les quatre catégories qui reprennent partiellement la typologie établie par Magalie Brunel et Tatiana Taous pour décrire le processus de révision dans le cadre de leurs travaux sur la fanfiction :

Niveau 1 - Lisibilité du texte : mise en page, coquilles, formes orthographiques.

Niveau 2 - Enrichissement et précision : sur le plan lexical, syntaxique à l’échelle de la phrase.

Niveau 3 - Organisation macrostructurelle du texte : composition cohérente et progressive, adéquation avec le genre et le système énonciatif attendu.

– Niveau 4 - Arrimage avec l’intrigue source, intrication avec les enjeux textuels de l’auteur de l’œuvre source.

Ici, le niveau 4 n’est pas explicitement pris en compte car il s’agit d’un travail d’invention fondé sur une « écriture de la variation » pour reprendre les termes de François Le Goff.

Le but est de se limiter à des indications dont les étudiants saisissent les enjeux. Ils doivent aussi percevoir les changements apportés au texte d’origine.  

D’un point de vue technique l’IA s’acquitte assez bien des modifications à faire sur les textes ; on constate malgré tout quelques erreurs comme une utilisation hasardeuse du lexique (texte 1, version Claude « Bonne débarrassée » DOCUMENT 5).

VERSION MISTRAL AI

PROMPT : Reprends le texte, en passant à la première personne. Rajoute un dialogue avec la sœur du héros qui le surprend et ne comprend pas ce qui lui arrive. Propose une fin d’histoire plus pessimiste.

La Chute

Je me suis réveillé avec une douleur fulgurante dans le bas du dos. J’ai essayé de me lever, mais mes jambes… mes jambes n’obéissaient plus. En me tordant le cou, j’ai vu : des pattes, une fourrure rousse, une queue qui frémissait derrière moi comme un ressort tendu. J’ai hurlé. Le son qui est sorti de ma gorge était un grognement sourd, animal.

Non. Non, non, non.

Je me suis traîné jusqu’au miroir de la salle de bain. Mon reflet m’a glacé le sang. Des yeux humains, oui, mais dans une gueule de kangourou. J’ai frappé le verre de mes poings—de mes pattes—et le miroir s’est fissuré. La panique m’a envahi. Il fallait fuir. La fenêtre était entrouverte. J’ai pris mon élan, et d’un bond, je me suis retrouvé dehors, dans le jardin.

C’est là qu’elle m’a vu.

— Pierre ?!

La voix de ma sœur, Léa, m’a cloué sur place. Elle se tenait sur le seuil de la cuisine, les yeux écarquillés, une tasse de café à la main.

— Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu fabriques ?! Pourquoi tu es… comme ça ?

Je voulais lui répondre, lui expliquer, mais seul un couinement pitoyable est sorti. J’ai reculé, maladroit, trébuchant sur ma propre queue.

— Pierre, arrête tes conneries ! Ce n’est pas drôle !

Sa voix tremblait. Elle a posé la tasse, s’est approchée lentement, comme on approche un animal blessé.

— C’est un déguisement ? Un truc pour me faire peur ? Parle-moi, bon sang !

J’ai secoué la tête, ou du moins j’ai essayé. J’ai levé une patte vers elle, suppliant. Elle a reculé d’un pas, les larmes aux yeux.

— Qu’est-ce qui t’arrive ?! Tu… tu es en train de te transformer en kangourou ?!

J’ai hoché la tête, désespéré. Elle a porté une main à sa bouche, étouffant un sanglot.

— C’est impossible… On va à l’hôpital. Tout de suite.

J’ai voulu protester. À quoi bon ? Aucun médecin ne pourrait m’aider. Mais elle ne comprenait pas. Elle a attrapé une serviette sur la chaise du jardin et l’a jetée sur moi, comme pour cacher ma monstruosité.

— Cache-toi. Je vais chercher la voiture.

Je l’ai regardée courir vers le garage, le cœur lourd. Elle ne comprenait pas. Personne ne comprendrait.

Quand elle est revenue, j’avais déjà disparu.

Les jours qui ont suivi furent un enfer. Je me cachais dans les bois, près de la rivière, survivant de racines et de baies. Parfois, j’entendais des appels au loin : mon nom, crié par Léa, par les voisins, par les gendarmes. Ils me cherchaient. Pas pour m’aider. Pour me capturer. Pour m’enfermer dans une cage, m’étudier, me disséquer peut-être.

Un matin, j’ai vu ma sœur, au bord de la forêt, avec des hommes en uniforme. Elle tenait une photo de moi—une vraie photo, humaine. Elle pleurait.

— Il est là, quelque part. Il faut le retrouver.

J’ai reculé dans l’ombre. Je n’étais plus son frère. J’étais une bête, un phénomène, une curiosité.

La faim, la solitude, le froid… tout m’a rongé. Un piège a été posé. Une cage, appâtée avec mes vêtements, mon parfum. J’ai résisté, d’abord. Puis la faiblesse a eu raison de moi.

Quand la porte s’est refermée, j’ai su que c’était fini. Léa était là, les yeux rouges.

— On va te soigner, Pierre. Je te le promets.

Mais dans ses yeux, je n’ai vu que de la pitié.

Et quand les hommes en blouse blanche m’ont emporté, je n’ai plus lutté.

Je n’étais plus Pierre.

Je n’étais plus rien.

PROMPT : Raccourcis la nouvelle et les dialogues. Ajoute les réactions de l’entourage.

Je me suis éveillé en proie à une douleur aiguë dans le bas du dos. En me traînant jusqu’au miroir, j’ai découvert avec effroi des membres antérieurs recouverts de fourrure rousse, une queue frémissante. Mon reflet me terrifia : des yeux humains, perdus dans une gueule de kangourou. Un cri rauque, presque bestial, s’échappa de ma gorge.

Non, ce n’était pas possible.

D’un geste désespéré, j’ai brisé le miroir, puis me suis précipité par la fenêtre entrouverte. Dans le jardin, Léa m’aperçut.

— Pierre ?!

Sa tasse se brisa sur le sol. Elle recula, le visage décomposé.

— Cesse cette mascarade !

J’ai tenté de secouer la tête, en vain. Aucun son intelligible ne sortit. Elle éclata en sanglots, puis s’empressa de saisir une serviette pour dissimuler ma silhouette.

— Reste ici. Je reviens.

Je savais qu’elle ne pourrait jamais comprendre.

Les jours suivants, je me suis réfugié dans la forêt, survivant tant bien que mal. Les appels de Léa, des voisins et des forces de l’ordre résonnaient entre les arbres. On me considérait désormais comme une créature dangereuse. Des pièges furent installés. Un matin, j’ai aperçu Léa en lisière des bois, entourée d’agents. Elle brandissait une photographie de moi, l’air désespéré.

— Il est quelque part. Il faut le retrouver.

Personne ne cherchait Pierre. On traquait une bête.

La faim m’a finalement conduit vers l’un des pièges. Lorsque la cage se referma, Léa se tenait là, les yeux gonflés de larmes.

— Nous allons te venir en aide.

Mais dans son regard, je n’ai lu que de l’effroi.

Les hommes en blouse blanche m’ont emmené sans résistance.

Je n’étais plus son frère.
Je n’étais plus rien.

La maîtrise de cette phase d’atelier d’écriture est inégale chez les étudiants : certains s’approprient bien les possibilités de modifications sur les textes, ont conscience des effets de ces modifications, sont capables de juger de leur effet. Pour d’autres, les capacités de lecture posent problème, révélant les différences de maîtrise. On peut identifier plusieurs postures de lecteur :

- Une lecture décryptage : elle ne permet pas réellement d’avoir une perception d’ensemble du texte et rend difficile un retour efficace sur les modifications qui y sont apportées.

- Une lecture basique : elle permet de comprendre le sens premier du texte sans difficulté mais les inférences, les symboles, la dimension culturelle, les références sont mal perçues. Une partie des modifications apportées et des effets entraînés est comprise, mais certaines autres modifications n’apportent pas d’effet perçu.

- Une lecture experte : non seulement elle permet une bonne compréhension de l’ensemble du texte, mais l’étudiant qui la pratique perçoit aussi les influences littéraires, culturelles, les effets de registre… Dans ce cas, la quasi-totalité des modifications est maîtrisée, leur effet jugé et l’étudiant choisit en conscience les changements qui lui semblent opportuns pour son texte.

Niveau de perception des changements proposés

- Le passage à la première ou troisième personne est bien perçu,

- Le changement de tonalité du texte également,

- Les modifications sur les fins ou début de texte aussi,

 

- L’apport des dialogues ou des descriptions, l’ajout d’un personnage parlent moins aux étudiants.

 

 

 

Il faut noter ici l’avantage qu’offre l’immédiateté des changements opérés par l’IA : les modifications deviennent plus facilement perceptibles. D’ailleurs, l’exercice montre qu’il faut parfois proposer une modification à la fois, plutôt qu’une série de modifications, dont l’effet sera plus difficile à juger pour les étudiants.

Enfin, cette étape du travail montre que la longueur d’une page proposée pour la nouvelle n’était pas pertinente pour tous les étudiants : dans le cas d’une maîtrise insuffisante des différents niveaux de lecture, un passage à seulement 15 lignes, peut être préférable. L’étudiant a plus facilement une perception globale de son texte.

Pour cette étape, l’accompagnement de l’enseignement est important. Il doit pouvoir aider les étudiants dans leur travail de modification, et faciliter la compréhension de certaines modifications.

En revanche, il doit aussi faire attention à laisser les étudiants libres de suivre leurs idées, même si celles-ci ne correspondent pas à ce qu’il considère comme une nouvelle « réussie ». L’IA est un outil d’expérimentation quasi infini, qui permet de pousser certaines idées jusqu’à une impasse avant de se rendre compte du problème.

Par ailleurs, l’activité de la deuxième heure permet à chacun de défendre ses choix et le jugement des pairs peut alors être aussi efficace, voire plus efficace, que celui de l’enseignant.

Deuxième heure : salle de cours classique

Temps 1 : 45 minutes

Le principe est que chacun lise la version finale de sa nouvelle et que les autres étudiants donnent leurs impressions de lecture. Il s’agit ici d’un travail d’interprétation des textes qui a pris une plus grande importance en BTS, en particulier dans la première partie de l’épreuve d’examen.

On peut imaginer deux modalités de travail différentes ici. C’est la première qui a été choisie, mais avec le recul la seconde paraît plus pertinente :

 

- Dans la première, chacun lit sa nouvelle de manière expressive puis explique les modifications qu’il a effectués et le résultat qu’il a voulu obtenir.

Une discussion s’ensuit avec le reste des étudiants de la classe sur ce qui est jugé réussi, ou moins, sur la manière dont la lecture a été ressentie.

- L’enseignant reste autant que possible en retrait. Il peut relancer le débat ou recueillir des éléments d’analyse pour les productions de l’ensemble du groupe (quels thèmes reviennent souvent ? quels animaux sont choisis ? quelles fins reviennent ? etc.).

- L’avantage est que tout le monde peut présenter son travail et que toutes les nouvelles ont été reçues.

- En revanche, même avec l’effectif restreint de la classe (17 étudiants), l’activité peut devenir répétitive.

 

- Dans la deuxième, on classe les étudiants en groupes de 4 ou 5. Chacun lit sa nouvelle au reste du groupe de manière expressive et la discussion ne se fait qu’à l’intérieur du groupe.

- L’enseignant circule entre les groupes, peut relancer la discussion là où il le juge nécessaire. Là aussi, il peut recueillir des éléments d’analyse.

- Les avantages et inconvénients sont bien sûr inversés par rapport à la première modalité. Il y a moins de risque de lassitude, par contre les étudiants n’ont pas découverts tous les travaux de leurs pairs.

-L’enseignant peut ensuite mettre en commun une ou deux nouvelles en grand groupe pour synthétiser.   

 

Dans les deux cas, on demande à un étudiant de la classe, ou du groupe, de noter à la fois les intentions de l’auteur de la nouvelle et le jugement des autres étudiants sur ce qu’il a obtenu.

 

Temps 2 : 10 minutes

L’enseignant indique au vidéoprojecteur les choix opérés à l’intérieur de la classe. Il a pu faire ces statistiques à partir de la lecture des nouvelles envoyées par les étudiants à la suite de la première heure.

Il se contente d’une présentation volontairement objective et basée sur ces statistiques.

Il laisse ensuite les étudiants commenter ces choix et les tendances. A partir de là, les métamorphoses peuvent être classées par les étudiants en grandes catégories. Quelques propositions : « les métamorphoses qui apportent la liberté », « les métamorphoses malédiction » ou « les retours à la nature ». Cela permet de faire un retour sur les métamorphoses présentées dans la littérature.

Article de M.RUBLON

 

Mise à jour : mai 2026